« Opération Azur » I Le gourou Rémy Daillet aurait projeté une action violente contre l’Élysée

L’ancien élu du MoDem, déjà mis en examen pour l’enlèvement de la petite Mia, est soupçonné d’avoir préparé une attaque contre le palais de l’Élysée.

Il ne s’en est jamais caché. Dans les préceptes de sa « contre-révolution », Rémy Daillet, ancien cadre du MoDem devenu une figure de la mouvance conspirationniste, lançait un appel explicite à « arrêter et destituer le président. » Ce n’est donc pas une grande surprise si le gourou, déjà incarcéré pour le rapt de la petite Mia, a été mis en examen vendredi dernier pour avoir envisagé des « projets de coups d’État et d’autres actions violentes ». Derrière le nom « d’opération Azur », il aurait échafaudé un scénario d’attaque visant directement le palais de l’Élysée, rapporte Le Parisien . De quoi confirmer les inquiétudes des services de renseignements sur cette frange belliqueuse de la sphère complotiste.

Des antennes 5G au Parlement

Les prémices du projet semblent avoir été imaginées à la fin de l’année 2020, alors que Rémy Daillet était expatrié avec sa famille en Malaisie. À l’époque, l’ancien élu centriste gagne en popularité grâce à des vidéos sur YouTube - désormais accessible uniquement en privé -, où il menace directement les autorités françaises : « Vous voulez nous bâillonner, nous le peuple de France, mais c’est nous qui allons vous chasser. » Alors que le pays subit un nouveau confinement, son discours séduit différentes sensibilités, d’anciens gilets jaunes, des fonctionnaires de police ou des militants d’extrême-droite. Parmi eux, plusieurs dizaines de soutiens sont déterminées à passer à l’action, pour s’en prendre pêle-mêle à des loges maçonniques, des antennes 5G ou encore des centres de vaccination.

Dans l’ombre, germe l’idée d’une manifestation massive qui gagnerait tous les centres du pouvoir : le Parlement, les ministères stratégiques, le siège d’un grand média et bien sûr, l’Élysée. « Tout le monde [serait] débordé et ça précède[rait] le renversement de gouvernement et des structures étatiques », explique aux enquêteurs l’un des mis en cause, dans des propos rapportés par Le Parisien.

En mai, une information judiciaire est ouverte, après les premières interpellations liées au groupuscule « Honneur et nation ». Puis s’ensuivent deux coups de filet le 8 et le 22 octobre, permettant au total, l’arrestation et la mise en examen de 14 personnes pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crime d’atteinte aux personnes. » Parmi eux se trouvent deux militaires, soupçonnés d’avoir recruté des éléments forts pour le jour de la prise du Palais.

« Une armée de l’ombre »

Près de 300 personnes pourraient avoir gravité autour de ce nébuleux projet. Mais il est difficile de déterminer à quel point ces manœuvres avaient quitté la sphère de l’imaginaire pour entrer dans celle du réel. Peu d’éléments matériels ont fuité de l’enquête. « Cette opération Azur, avec une armée de l’ombre qui envahirait Paris, repose sur des fantasmes et des raccourcis », soutient auprès du Figaro l’avocat de Rémy Daillet, Me Jean-Christophe Basson-Larbi. Si certains accusés, qui « se réclament de lui et souscrivent à ses idées », ont projeté des actions violentes, le leader complotiste n’en serait aucunement responsable. Plus qu’un homme d’action, son client est « un idéologue en faveur d’un renversement pacifiste », abonde le pénaliste.

Un message de menaces signé du gourou et adressé en avril à des parlementaires vient tout de même mettre à mal l’image du penseur irénique : « Nous faisons des listes de criminels, (...) comme tout système judiciaire doit le faire, en attendant de disposer du droit de faire arrêter et juger. Il y aura des punitions magistrales. Des peines capitales peut-être, le peuple en décidera », écrit-il dans ce courriel que Le Figaro a pu consulter.

Retrouvez l’article original : https://www.liberation.fr/societe/police-justice/operation-azur-le-projet-delirant-de-coup-detat-de-remy-daillet-20211028_U7ORGGQ5QBBNZNA76EXSCRBBHM/

Crédits photo : AFP

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