JUSTICE I LA PRISE D’OTAGES DITE DE "DJIBOUTI ET LOYADA" DE 1976

Depuis 2016, l’association « Les oubliés de Loyada » présidée par Paul VITANI, se bat pour la reconnaissance des victimes de la prise d’otages dite de « Djibouti et Loyada » survenue en 1976.

UN RAPPEL DES FAITS

Le 3 février 1976, au petit matin, 4 militants indépendantistes somalis, membres du FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalis) détournent et prennent en otage un car d’écoliers, qui contenait 31 enfants de militaires français âgés de 5 à 12 ans, ainsi que le chauffeur du véhicule. L’opération conduira les 4 indépendantistes à sortir de la ville de Djibouti et à se rendre à Loyada, situé à peine à 15km de là. Les terroristes revendiquaient l’indépendance de Djibouti, alors française (il s’agissait alors du « Territoire français des Afars et des Issas » qui deviendra la République de Djibouti 18 mois après le drame), ainsi que le départ du territoire de l’armée française.

Le car scolaire finira son trajet à 10m seulement du poste frontière de la Somalie, les autorités somaliennes décidant toutefois, officiellement, de ne pas intervenir. Les troupes françaises, positionnées à 200m du car, à savoir le GIGN et la légion étrangère, interviendront 33 heures après le début de la prise d’otage, le 4 février à 15h45.
Le GIGN, qui venait d’être créé, donnera l’assaut en tentant pour la première fois de son histoire un tir dit « simultané », en ce qu’il consiste à synchroniser les différents tirs afin d’abattre la totalité des assaillants en un trait de temps. Ce tir simultané, qui entraînera le décès de tous les terroristes, n’empêchera malheureusement pas qu’une rafale soit tirée dans le car par l’un des militants, tuant ainsi 2 enfants et en blessant plusieurs autres, dont certains resteront handicapés à vie.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’enquête judiciaire qui sera mise en place par le procureur de la république de Djibouti ne sera jamais poursuivie.

Cet attentat, survenu à distance de la métropole, et dans un contexte d’indépendance complexe, n’a été que peu médiatisé et n’a finalement été connu du grand public que grâce au concours d’un livre paru en 2016 (Les enfants de Loyada - de Jean-Luc Riva) et d’un film sorti en 2019 (L’intervention – de Fred Grivois) qui reste néanmoins une fiction s’écartant très largement des faits tels qu’ils ont été retranscrits par les victimes et militaires sur place.

DES VICTIMES « OUBLIÉES » PAR UNE LÉGISLATION À L’ÉPOQUE NOVATRICE ET AMBITIEUSE

Si l’association « Les oubliés de Loyada » se bat encore et toujours, c’est parce que la loi française ne reconnaît pas, et de ce fait n’apporte aucune assistance aux victimes de cet attentat.

En effet, si les victimes d’attentats sont assimilées à des victimes civiles de guerre par la loi, et peuvent donc prétendre à une prise en charge par l’ONACVG (Office National des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre), le CPMIVG (Code des Pensions Militaires d’Invalidité et des Victimes de Guerre) dispose en son article L113-13 que les victimes d’actes de terrorisme n’ont droit de faire une demande de PMI (Pension Militaire d’Invalidité) uniquement pour les actes de terrorisme commis depuis le 1er janvier 1982, soit postérieurement à la prise de d’otages de Djibouti-Loyada.

De la même façon, le FGTI (Fonds de Garantie des victimes de Terrorisme et d’autres Infractions), qui est l’organisme chargé d’indemniser les victimes de terrorisme, n’est légalement compétent pour ce faire que pour les actes commis postérieurement au 31 décembre 1984, et ce conformément aux dispositions de l’article 10 de la loi n°86-1020 du 9 septembre 1986. Là encore, les victimes de la prise d’otages de Loyada ne bénéficient pas de cette prise en charge.

DES ACTIONS CONCRÈTES AFIN D’OBTENIR UNE ÉGALITÉ ENTRE VICTIMES

Cette situation, profondément injuste, a ému Mme Valérie LACROUTE, alors députée de la deuxième circonscription de Seine et Marne. Celle-ci a en conséquence déposé le 9 mai 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale la proposition de loi n°949 visant à reconnaitre les victimes du terrorisme à partir du 1er janvier 1974. Mme LACROUTE a également été à l’origine d’une question écrite au gouvernement à laquelle le ministère de la justice a apporté une réponse d’attente le 23 avril 2019.
Le flambeau a été repris par le député Jean-Marc ZULESI, député LREM des Bouches du Rhône, qui est déjà en discussion avec le ministère de la justice, et qui déposera également prochainement une nouvelle proposition de loi au bureau de l’Assemblée nationale, incluant cette fois ci, et à la différence de la proposition de loi de Mme LACROUTE, une extension du champ d’application des dispositions relatives à l’indemnisation des victimes d’attentats par le FGTI.

Retrouvez en bas de cet article lesdites propositions de loi, ainsi que la question écrite au gouvernement.

HOMMAGE ET LIEU DE COMMÉMORATION

A ce jour, aucun lieu d’hommage officiel n’a été mis à disposition pour que les victimes puissent se recueillir.

Face à ce constat, M. Jean Pierre COLOTTE, père de deux enfants otages et membre de l’association « Les Oubliés de Loyada », avait érigé un mémorial officieux sur ses deniers propres dans un périmètre classé « Site patrimonial remarquable » à Saint-Dié-des-Vosges, et ce sans autorisation, créant ainsi une polémique locale.

Toutefois, l’inauguration d’une plaque commémorative à l’ambassade de France à Djibouti pourrait être prévue en début d’année prochaine sous réserves des contraintes liées à la pandémie. L’installation d’une plaque commémorative dans le Jardin des Invalides est également en discussion.

La FENVAC (Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs) supporte entièrement le combat porté par l’association des « Oubliés de Loyada », cette reconnaissance étant essentielle pour la résilience des victimes, qu’elles aient été touchées par cet attentat précisément, ou par d’autres actes terroristes, eux aussi commis antérieurement à 1982. En effet, avant de connaitre les attentats de masse au 21ème siècle, la France n’était pas moins meurtrie par le terrorisme : des dizaines d’attentats ont été commis en France entre 1962 et 1982, par l’OAS, Action Directe, Carlos etc.

Crédits photos : Jack GAROFALO/PARISMATCH/SCOOP

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