Procès de l’explosion de Bondy : dix-huit ans après, les victimes témoignent

Le procès de l’explosion de gaz survenue le 30 octobre 2007 devant le restaurant l’Étoile du Centre à Bondy (Seine-Saint-Denis) s’est ouvert le lundi 17 novembre devant le tribunal judiciaire de Bobigny. Dix-huit ans après le drame qui a coûté la vie à une personne et fait cinquante-deux blessés, les victimes espèrent enfin obtenir Justice.

Ce procès doit permettre d’établir les responsabilités pénales dans cette catastrophe. La société de travaux publics STPS, qui travaillait en grande partie pour GDF à l’époque, est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour sa gestion du chantier. La société avait installé une conduite de gaz à proximité du restaurant L’Étoile du Centre. Une pelleteuse réalisant des travaux sur la voirie avait arraché la canalisation, provoquant une explosion de gaz. Le conducteur de l’engin étant décédé, seule la société STPS est jugée pour déterminer si elle avait respecté les règles d’enfouissement de la conduite et mis en place un dispositif avertisseur.

Le président de la société – qui n’était pas en poste au moment des faits – est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire, blessures involontaires et dégradation de biens involontaire.

Pour les victimes, l’enjeu est double : obtenir une reconnaissance de leurs souffrances et enfin pouvoir tourner la page.

Ce procès est marqué par un délai très important, les faits étant jugés dix-huit ans après le drame. Cette lenteur de la procédure révèle les carences de l’institution judiciaire allant à l’encontre de l’objectif de bonne administration de la justice. Près de deux décennies s’étant écoulées depuis les faits, cela a considérablement compliqué l’établissement des responsabilités et prolongé le traumatisme des rescapés.

La première journée de débats a été consacrée à la présentation des parties et au rappel du drame. Deux experts ont ainsi pu éclairer les aspects techniques des lieux et de l’explosion.

La matinée du mardi a été consacrée à l’audition des experts qui ont détaillé leurs rapports. Le président s’est interrogé sur le fait que le gaz n’avait pas été coupé après l’incident alors que cela aurait pu permettre d’éviter la catastrophe.

Mercredi, neuf victimes se sont succédées à la barre pour raconter leur calvaire. Les témoignages, d’une extrême violence, ont été particulièrement bouleversants.

Le gérant du café s’est exprimé en indiquant que l’œuvre de sa vie avait disparu en un instant. L’homme, qui a sauvé des vies lors de l’explosion en sortant des victimes de son établissement, a été grièvement blessé et est resté plongé dans le coma pendant un mois. Il témoigne : « Comment se reconstruire quand la justice ne coopère pas 18 ans après les faits ? »

Une autre victime, dans la vingtaine à l’époque, a expliqué que pour se sauver, elle avait dû sauter du premier étage de son immeuble, emportant son chien dans sa chute.

Le chef de cuisine du restaurant a indiqué : « Je suis sorti vers 13h30, j’ai senti une petite odeur de gaz. Dix minutes plus tard, l’explosion. J’ai été projeté et j’ai cherché un point d’eau pour faire stopper le feu sur moi. »

Une autre victime a témoigné des blessures dont elle avait souffert, grièvement brûlé, elle a dû rester plusieurs mois dans le coma, puis deux ans dans une chambre stérile. Les greffes et la rééducation ont pris des années.

Pour toutes les victimes qui ont vu leur vie basculer ce jour-là, les séquelles physiques et psychologiques sont encore présentes : douleurs, incapacité de s’exposer au soleil ou au froid, cicatrices, angoisses, perte d’activité liée au handicap, dépression, difficulté à respirer, isolement total, incapacité à réaliser des tâches du quotidien, etc. La plupart ont tout perdu, et n’ont toujours pas pu reprendre une activité professionnelle. Certaines n’ont pas été indemnisées pour leurs préjudices, ce qui les a plongés dans une situation de précarité, faisant persister un sentiment d’abandon de la part de la justice et de la société.

Le président du tribunal s’est excusé auprès des victimes pour les délais de justice déraisonnables.

L’après-midi, le premier adjoint au Maire de Bondy a rappelé les efforts de la ville pour soutenir les victimes avec la mise en place d’une cellule psychologique et des aides au relogement.

Jeudi, le président du tribunal a longuement interrogé le président de la société STPS sur les potentielles défaillances du chantier. Y a-t-il eu une négligence, une maladresse de ses équipes, habituées à faire des gestes mécaniques ?

La FENVAC était présente quotidiennement lors de ce procès et représentée par ses avocats Me Lienhard et Me Cremel, qui ont souligné les délais anormaux de justice et la négligence constatée : « On a affaire à des professionnels. Ils auraient dû savoir. On ne peut pas dire que c’est la faute à pas de chance. »

Lundi 24 novembre, le procès s’est poursuivi avec les plaidoiries des parties civiles, les réquisitions du parquet et la plaidoirie de la défense.

« Les choses répétitives peuvent amener à des erreurs. Nous avocats de parties civiles nous demandons à votre tribunal de ne pas se tromper », ouvre l’un des avocats de parties civiles en faisant référence aux erreurs commises par la société STPS.

« Les souffrances de mon client ont été évaluées à 7/7. Il devait être placé sous anesthésie pour ne pas souffrir. Aujourd’hui, il a peur du regard extérieur », continue avec émotion une avocate de parties civiles, en soulignant l’humilité de ses clients et leur résilience.

« Les blessures de brulures ou explosions de gaz sont particulières car l’onde de choc de l’explosion créée des vibrations internes qui ne cessent pas pendant des mois » rappelle l’avocat du gérant du café.

« Nous avons des victimes dignes, qui ont confiance en la justice et qui attendent une réponse. Les grands brûlés ont des souffrances très souvent sous-évaluées par les experts, car aucun expert n’est spécialisé dans les grandes brûlures », poursuit l’un des avocats de parties civiles.

L’avocat de la FENVAC, Me Cremel plaide en rappelant que depuis sa création, la FENVAC a toujours été présente pour les victimes d’explosions de gaz, et contribue à faire évoluer le droit, tout en accompagnant les victimes. Pour lui il n’y a pas de place pour le doute, « l’une des premières choses que l’on apprend à un étudiant en droit, c’est que le doute revient au prévenu. On créé un doute pour favoriser une relaxe. Or, les éléments du dossier permettent de supprimer ce doute ».

Le Procureur de la République a ensuite été entendu dans ses réquisitions. Il a tenu à souligner la longueur anormale de la procédure, « la justice a été lente, beaucoup trop lente, et le sentiment d’abandon et de déni de justice ressenti par les victimes est complètement légitime ».

Pour le Procureur, la société Bourgeois aurait dû être renvoyée devant le Tribunal, au même titre que la société STPS. Dans la suite de ses réquisitions, le Procureur a cherché à démontrer à la Cour pourquoi celle-ci devait répondre à la négative aux deux questions qui se posent : est-ce que la société STPS a pris toutes les mesures de sécurité suffisantes ? Est-ce que la conduite de gaz était enfouie à une profondeur suffisante ?

Ainsi, le parquet a finalement requis une amende de 200 000€ à l’encontre de la société STPS, la publication de la condamnation dans tous les journaux pertinents et une application exécutoire de la décision.

L’après-midi, l’avocat de la défense de la société STPS a clôturé le procès par sa plaidoirie.

L’avocat de la défense a estimé que l’explosion pu être évitée si l’employé de la société Bourgeois avait fait évacuer le restaurant après avoir percuté la canalisation. Or en incitant la clientèle à rester à l’intérieur, ne pas fumer et fermer les portes, il a condamné les personnes présentes. Et ce, alors même que l’agence immobilière situé à côté du restaurant avait fait évacuer tout son personnel dès la première odeur de gaz. Il a ainsi estimé que cette faute était inadmissible et que le salarié aurait dû être poursuivi à titre personnel.

L’avocat a finalement sollicité la relaxe de son client mais la possibilité pour les parties civiles de se retourner contre l’Etat pour délais de justice déraisonnables.

Le jugement sera rendu le 30 janvier 2026 à 13h.

Pour les rescapés, chaque jour d’audience est un pas de plus vers la justice qu’ils attendent depuis près de deux décennies pour avancer vers leur reconstruction. La FENVAC se tient aux côtés des victimes et condamne les carences dans ce drame ayant conduit à une attente de 18 ans avant d’aboutir à un procès en première instance, un manque de soutien envers les victimes et une absence d’indemnisation.

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