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Revue de presse

MH370, 3 ans après : Ghislain Wattrelos a perdu sa famille, il nous raconte sa quête

08/03/2017

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Ayant perdu sa femme et ses enfants, il tente, depuis le 8 mars 2014, de résoudre la plus grande énigme de l’histoire de l’aviation, celle du vol disparu de la Malaysia Airlines.

MH370 - Trois ans après la disparition du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, Ghislain Wattrelos "croit", "est persuadé", "suppose" beaucoup. Il ne "sait" en revanche que deux choses : "Je sais que ce n’est pas un accident. Et je sais qu’ils ne reviendront pas".

À 52 ans, Ghislain Wattrelos a passé les trois dernières années à mener l’enquête sur la disparition du vol MH370, qui devait relier Kuala Lumpur à Pékin le 8 mars 2014. Sa femme, son fils de 17 ans et sa fille de 13 ans avaient embarqué dans cet avion. Ils devaient rejoindre la Chine, où ils habitaient, après des vacances en Malaisie.

Avec 239 personnes (dont 153 Chinois) à son bord, l’avion a disparu des écrans radars moins d’une heure après son décollage, autour d’1h30 locales. Près de 1100 jours après, Ghislain Wattrelos est incapable de dire avec certitude quel a été, ensuite, le trajet de l’avion. Car l’enquête, depuis les premiers jours, abonde en inexactitudes, contradictions et informations manquantes.

Ni épave, ni boîtes noires, ni corps

Des recherches sont d’abord menées en mer de Chine par le Vietnam, qui dit avoir repéré des traces de carburant. Fausse piste. Puis la Malaisie donne sa version officielle : l’avion a fait demi-tour de manière "délibérée" après avoir coupé toutes ses communications, pour disparaître dans le sud de l’océan Indien.

Problème : cette hypothèse, basée sur les signaux satellites repérés par une société privée britannique, veut que l’avion ait traversé les espaces aériens de plusieurs pays avant de mourir au sud de l’océan Indien. Mais seule la Malaisie dit avoir repéré l’engin.

Des dizaines de millions de dollars ont été dépensés pour les recherches sous-marines, sous la houlette de l’Australian Transport Safety Bureau (ATSB), équivalent du BEA français. Menées au large de l’Australie, dans un périmètre de près de 120.000 kilomètres carrés délimité par le trajet officiel décrit par la Malaisie, ces recherches n’ont permis de retrouver ni épave, ni boîtes noires, ni corps. Des débris sont finalement retrouvés par des promeneurs à partir de juillet 2015 à La Réunion et sur les côtes africaines - bien loin de la zone de recherche officielle.

Les recherches sous-marines ont été suspendues le 17 janvier. Ne reste plus aujourd’hui que le combat des familles de victimes, qui ne désespèrent pas qu’elles reprennent un jour. "On ne peut pas accepter que l’avion le plus sûr du monde disparaisse dans l’endroit le plus surveillé du monde, estime Ghislain Wattrelos. Il faut pousser des organisations, des associations, des gouvernements à financer ces recherches. Tout le monde a intérêt à connaître la vérité".

"On nous cache des choses"

La vérité, selon Ghislain Wattrelos, se trouve où certains verraient plutôt théories du complot et délires conspirationnistes. Mais ses journées passées à éplucher le dossier se sont heurtées à trop de non-dits. Ses requêtes et celles des juges français pour obtenir les données satellites et militaires du dossier ont été accueillies par trop de silences. Sans compter les avis d’experts de l’aviation et du renseignement qui l’aident et n’ont pas de réponse non plus. "Je doute forcément de tout", s’excuse-t-il presque aujourd’hui.

"On nous cache la vérité depuis la première semaine", s’échine-t-il à répéter. Deux théories retiennent son attention. La première, celle d’un missile "perdu ou volontaire" qui aurait fait tomber l’avion lorsque les communications ont été coupées, est celle qu’il "préfère" - "parce que ça veut dire qu’ils n’ont pas souffert". La deuxième, notamment développée par le journaliste Marc Dugain, veut que l’avion ait été volontairement crashé (abattu par un missile ou contrôlé à distance) par une puissance extérieure parce qu’il était détourné - "on le fait se crasher dans l’eau pour éviter qu’il se crashe sur les tours".

Ghislain Wattrelos reçoit encore aujourd’hui "au moins un message par jour" prétendant lui apprendre la vérité sur la disparition, parfois en réclamant une somme d’argent en échange d’informations. "J’essaie de garder la tête froide, de m’entourer de gens qui ont les pieds sur Terre", confie-t-il. Car les théories convoquant les extraterrestres ne manquent pas.

"La vie continue"

Trois ans après le drame, le père de famille se dit "toujours en colère et combatif" même si l’espoir le quitte parfois, plus souvent qu’avant. "Au début je me levais pour ce combat. Aujourd’hui, j’ai des moments de désespoir. Je ne veux pas m’arrêter mais je dois faire autre chose. J’ai besoin de faire autre chose".

Cadre dirigeant du cimentier Lafarge au moment de la disparition de l’avion, Ghislain Wattrelos avait rapidement arrêté de travailler pour se consacrer aux recherches. En parallèle, il a dû gérer l’enfer administratif que représente la disparition de trois membres de sa famille, dont il n’a toujours pas de corps et dont il n’a eu les certificats de décès qu’en février 2016. "Tout devient compliqué, vous n’êtes jamais dans le cadre", décrit-il.

Il vit toujours grâce au plan de départ volontaire dont il avait pu profiter, mais devra bientôt retravailler. Il ne se résout pas pour autant à arrêter de chercher, estimant devoir des réponses à son deuxième fils, âgé de 23 ans. "Je veux lui montrer que je m’implique. Mais, en même temps, que la vie continue", explique-t-il, avant de laisser échapper, ému : "J’ai de la chance, j’ai un fils super, qui a fait de bonnes études".

Avant de reprendre une activité, Ghislain Wattrelos tente, avec d’autres familles de victimes, de sensibiliser les populations malgaches, susceptibles de trouver sur leurs côtes des débris de l’avion. Là-bas, il parle à la presse et distribue des fascicules à l’usage des promeneurs et des chercheurs d’un jour, pour les aider à identifier et collecter de potentiels débris. Un travail de fourmi.

Ce jeudi, Ghislain Wattrelos se rendra à l’Élysée pour demander au président français, qui doit se rendre en Malaisie à la fin du mois, "de pousser pour que les recherches reprennent", "de nous aider à convaincre la communauté aéronautique". Ghislain Wattrelos s’était aussi adressé à Barack Obama dans une lettre (restée sans réponse), et devrait également écrire à Donald Trump, pour l’exhorter à livrer des informations sur l’enquête menée par le FBI après la disparition du vol.

Mais, avant les chefs d’État, la première lettre de Ghislain Wattrelos après le drame avait été adressée au pape. "Je lui avais dit que je ne comprenais pas". Avant même de tout savoir sur ce mystère, voilà la première urgence pour Ghislain Wattrelos : comprendre.

Source : huffingtonpost.fr
Auteur : Claire Digiacomi
Date : 8 mars 2017